2015. Le début de la candidature Unesco de l’enceinte romaine du Mans
La candidature
La candidature s’inscrit dans le cadre de la politique culturelle de la Ville du Mans visant à valoriser son patrimoine remarquable notamment dans et autour de la vieille ville. Cette vieille ville, connue de tous les Manceaux sous le nom de Vieux Mans, a échappé aux tentations de destructions radicales des années 50 et 60 et est protégée au titre d’un secteur sauvegardé défini en 1966 et appliqué en 1974. Réhabilité depuis lors, le cœur historique du Mans a été rebaptisé « Cité Plantagenêt » pour rendre mieux compte de son passé et se débarrasser de l’image négative de quartier populaire et mal fréquenté attachée au « Vieux Mans » (en réalité bien des Manceaux continuent d’utiliser le terme qui leur est plus familier). Quant à l’enceinte qui délimite encore le centre historique, elle a fait l’objet depuis 1980 d’un programme systématique de dégagement et de restauration ayant autorisé des études archéologiques approfondies. La monographie de Joseph Guilleux, tirée de sa thèse de doctorat soutenue à l’Université du Maine, en est l’un des résultats les plus significatifs. En 2002, l’obtention du label Ville d’art et d’histoire, délivré au Mans par le Ministère de la Culture, a favorisé le développement de nouvelles actions de médiation en direction de tous les publics portées par le Service Tourisme et Patrimoine.

Figure 1 – Le Mans, signalétique Unesco ; c. E. Bertrand, 2021
Le contexte Unesco
La candidature est légitimée par l’état de conservation remarquable du mur (plus de 50%), le caractère unique de son décor polychrome et l’ampleur des recherches historiques qui en font l’une des enceintes tardives les mieux connues d’Europe. Elle emporte l’adhésion des habitants qui la trouvent justifiée à près de 95 %, d’après une enquête en ligne menée auprès de 780 habitants par les chercheurs de Mumatourisme en 2021. Pour construire le dossier de candidature, un comité d’experts regroupant archéologues, historiens et géographes, spécialistes du patrimoine et des stratégies Unesco, s’attache à définir, avec la Ville et le Ministère de la Culture, la Valeur Universelle Exceptionnelle (V.U.E) de l’enceinte romaine, en identifiant sa singularité par rapport aux exemples de fortifications connues à ce jour toutes périodes confondues. L’élaboration du dossier mérite d’autant plus de soin et de temps que la démarche de candidature à l’Unesco doit répondre à des exigences de plus en plus strictes. La France est l’un des cinq pays au monde les mieux dotés en biens inscrits, et le comité Unesco a limité à un seul le nombre de biens culturels que la France peut présenter chaque année, pour favoriser un rééquilibrage à l’échelle mondiale. Ce contexte rend difficile la première étape à franchir, celle de l’inscription sur la liste indicative des biens français qui correspond à une présélection. À cette première difficulté s’en ajoute une deuxième : l’enceinte romaine du Mans est bel et bien l’un des exemples les mieux conservés des fortifications tardives édifiées dans l’Empire romain entre le IIIe et le Ve siècles, mais c’est l’enceinte romaine de Lugo (Espagne) qui a été inscrite à l’Unesco en 2000 comme « le plus bel exemple de fortifications romaines tardives en Europe occidentale » (https://whc.unesco.org/fr/list/987/). Plusieurs scénarios sont donc envisagés pour obtenir la prestigieuse inscription, depuis le bien unique jusqu’au bien en série « enceintes romaines tardives », dont Lugo pourrait être le point de départ et Le Mans l’une des composantes. Mais le choix, délicat, de la stratégie la plus opportune relève non plus du comité d’experts mais bien de la décision politique.
Quoi qu’il en soit de l’issue de la démarche, elle aura permis de susciter de nouvelles recherches et une meilleure connaissance du monument, et favorisé une collaboration internationale fructueuse tant avec les chercheurs qu’avec les associations de défense des enceintes de Rome et de Lugo.

Figure 2 – Enceinte romaine de Lugo, vue sur la promenade du chemin de ronde ; E. Bertrand, juin 2022

Figure 3 – Enceinte romaine de Lugo, vue sur la promenade du chemin de ronde ; E. Bertrand, juin 2022

Figure 4 – Enceinte romaine de Lugo, vues générales ; E. Bertrand, juin 2023

Figure 5 – Enceinte romaine de Lugo, vues générales ; E. Bertrand, juin 2023
Bibliographie
- BERTRAND E. (et al.), « Les enceintes romaines tardives : des médiations nouvelles pour un objet patrimonial récent (Le Mans, Lugo, Cologne, Trêves, Rome) », dans J.-R. Morice, G. Saupin, J. Vincent, N. Vivier, Nouvelles lectures patrimoniales. Les Pays de la Loire au miroir de l’Europe, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2024, p. 229-240.
Pour citer cette notice : « 2015. Le début de la candidature Unesco de l’enceinte romaine du Mans », Estelle Bertrand (Le Mans Université-CReAAH UMR 6566), avec la collaboration de Franck Miot (Ville du Mans), www.murus.univ-lemans.fr, mis en ligne le ; consulté le 06/2024

