260-310ap. J.-C. : La construction de l’enceinte romaine de Lugo.
Le contexte historique de la construction
La ville de Lugo, ouLucusAugusti, située dans l’actuelle Galice (Nord-Ouest de l’Espagne), a été fondée après la pacification par l’empereur Auguste de la révolte des Astures et des Cantabres habitant la région, et la formation de la nouvelle province romaine de Lusitanie (16-13 av. J.-C.).
La fondation de la ville est attribuée à Paullus Fabius Maximus, sénateur proche de l’empereur Auguste honoré par les habitants de la ville sur l’autel à Rome et à Auguste, qui voyagea dans le nord-ouest de la péninsule ibérique entre 3 et 2 av. notre ère.

Figure 2 – Les peuples du nord-ouest de l’Hispanie à la fin de l’indépendance ; dans Jesús Francisco Torres Martínez, Gadea Cabanillas de La Torre, Alice Dananai. Le territoire des Cantabri au second âge du Fer: société et peuplement des montagnes du nord-ouest de la péninsule Ibérique. Gilles Pierrevelcin; Jan Kysela; Stephan Fichtl. Unité et diversité du monde celtique. Actes du 42e colloque international de l’Association française pour l’étude de l’âge du Fer (Prague, 10-13 mai 2018), Collection AFEAF (42), AFEAF, pp.237-242, 2020, Collection afeaf 2, 978-2-9567407-1-1. halshs-03262143.

Figure 3 – Dédicace de Paullus Fabius Maximus, légat de César, à Jupiter Optimus Maximus (I(ovi) O(ptimo) M(aximo) /Caesari /Paullus Fabius /Max<i=U>mus /leg(atus) Caesaris) ; Lucus Augusti, 27 av. -14 ap., https://edcs.hist.uzh.ch/fr/search?place=Lugo+%2F+Lucus+Augusti
Mais l’hypothèse n’est pas certaine, même si aujourd’hui une statue moderne commémore Paullus Fabius Maximus comme le fondateur de la ville.

Figure 4 – Monument honorifique à Paullus Fabius Maximus et Auguste, « fondateurs de la ville », œuvre nommée « Arc de triomphe » du sculpteur Ramon Conde, érigée en 2007 sur la Plaza Maior, Lugo. c. creative commons.
Installé sur une hauteur à 460 m d’altitude, le camp militaire romain, occupé par la VIe Légion Victrix, devient alors une ville ouverte et adopte le mode d’urbanisation propre aux villes romaines. Le plan régulateur est adapté à la topographie et intègre, à proximité des axes principaux, un forum, tandis que dès le début du Ier siècle la construction de domus, dont la « casa de los mosaicos » (https://museoslugo.gal/domus-oceani-casa-de-los-mosaicos), témoigne de la prospérité des élites romanisées.
La ville, placée à la tête d’un district judiciaire (conventusiuridicus) et disposant de ressources minières importantes, prospère et occupe à la fin du Haut-Empire une superficie d’environ 35 ha.
La fortification a été construite très postérieurement à la fondation de la ville, vers 260 ap. J.-C., et les études archéologiques attestent que les matériaux utilisés dateraient d’entre 265 et 310 ap. J.-C. Elle a été construite pendant la restauration de l’ordre impérial dans l’Empire après une période de crises, qui s’accompagne d’une réorganisation de l’administration des territoires. La documentation écrite et archéologique ne permet pas encore d’identifier précisément le commanditaire de cette construction, mais on peut supposer qu’il s’agissait certainement de l’autorité impériale, dans le cadre de la restructuration des réseaux de circulation dans l’Empire, relayée par les élites locales. L’intervention de l’armée dans la construction est encore discutée, mais elle reste probable, puisque dans la ville proche de Leon (l’antique Legio) les découvertes archéologiques témoignent d’une présence militaire importante au moment de la construction de l’enceinte au même moment.
L’objectif de cette fortification est de défendre la ville face aux risques militaires, mais elle répond aussi à des enjeux économiques -protéger les ressources- et climatiques -brise-vent. En effet, la ville de Lugo, désignée comme capitale de la nouvelle province de Gallaecia à la fin du IIIe siècle, était un centre important dans l’économie (ressources minières) et était à l’embouchure des voies de communication de la région. Ainsi, la défense de cette ville était stratégique et nécessaire pour l’Empire romain qui souhaitait réaffirmer son autorité dans ce territoire.

Figure 5 – Plan partiel de la ville de Lugo ; A. Forum ; B. Decumanus Maximus ; C. Cardo Maximus ; F. Aqueduc ; – périmètre de la ville du Haut-Empire (Ier-IIIe siècles). Service Archéologique de la Ville de Lugo.
Les caractéristiques architecturales
Ce qui fait la singularité de la muraille romaine de Lugo, ce sont ses caractéristiques architecturales. En effet, plusieurs matériaux ont été utilisés dans la construction des remparts : des parements intérieurs et extérieurs en pierre, d’ardoise et de granit en faible quantité. Un remplissage constitué de plaques d’ardoise et de morceaux de pierre taillée se trouve entre les deux parements. Pour tenir le tout, un mortier de chaux est appliqué, formant des couches stratifiées compactes et bien ajustées.

Figure 6 – Schiste et granit utilisés pour la construction des tours et de la courtine. c. E. Goreau, 2022.

Figure 7 – Stèle funéraire trouvée en remploi dans l’enceinte lors du percement de la Porte de Obispo Aguirre, datée de 201-230, offerte par Philtatès à son épouse Catullinae. https://edcs.hist.uzh.ch/fr/search?place=Lugo+%2F+Lucus+Augusti
La découverte d’éléments épigraphiques (40 en tout) sur l’ensemble de la muraille atteste la réutilisation de matériaux d’anciens édifices, comme on l’observe sur la plupart des enceintes romaines tardives.
Les études archéologiques révèlent que la majeure partie de la construction était initialement réalisée en schiste, un matériau facilement disponible dans le territoire, sans que la solidité des murs ne soit compromise. Des blocs de granit disposés en grand appareil (en boutisse et panneresse) sont observables dans certaines tours et sections de mur, notamment les portes conservées (Nova, Miñá, Santiago, San Pedro et Falsa (?).
L’enceinte romaine suit un plan quadrangulaire et est de forme oblongue, avec des côtés courbes. Son périmètre approximatif est de 2117 (ou 2140) mètres pour une superficie enclose de 28 ha, et sa hauteur varie de 12 à 14 mètres.

Figure 8 – Structure de la porta Mina, vue de l’extérieur ; c. E. Goreau, 2022.

Figure 9 – Reconstitution de l’aspect des remparts de LucusAugusti/Lugo lors de leur construction entre le IIIe et le IVe siècle ap. J.-C. Concello de Lugo.
Sa largeur, sur le chemin de ronde, oscille entre 4,5 et 7 mètres. Dans certaines zones (côtés sud et est), on atteste l’existence de douves dès les fondations de l’enceinte à une certaine distance du mur extérieur. La muraille comportait 4 portes certaines : la porta Nueva, la porta Mina, la porta de Santiago, la porta de San Pedro, peut-être 5 (un doute existe sur la porta Falsa). L’autre élément défensif sont les tours : à l’origine, la muraille comptait 85 tours semi-circulaires placées à faible distance l’une de l’autre (de 8 à 16m).

Figure 10 – Vue sur les tours de l’enceinte, au centre la tour de La Mosqueira. c. F. Miot, 2023.
De diamètres et de hauteurs variables, les tours étaient probablement toutes dotées de deux étages. Chacune était percée de deux, trois ou quatre grandes fenêtres, comme on peut encore l’observer sur la tour « La Mosqueira ». Selon les techniciens du patrimoine de la Xunta lors de leurs études des tours en 2023, la plupart de ces étages convenaient à une défense croisée d’armes à projectiles.

Figure 11 – Schiste et granit utilisés pour la construction des tours et de la courtine. c. E. Goreau, 2022.

Figure 12 – Stèle funéraire trouvée en remploi dans l’enceinte lors du percement de la Porte de Obispo Aguirre, datée de 201-230, offerte par Philtatès à son épouse Catullinae. https://edcs.hist.uzh.ch/fr/search?place=Lugo+%2F+Lucus+Augusti
Impact de la construction de l’enceinte sur l’urbanisme de LucusAugusti
La différence de niveau entre les murs extérieurs et intérieurs (comme dans la zone située entre la Porta di Bispo Odoario et la Porta Miñá) révèle que le plan de l’enceinte romaine a été pensé pour s’adapter à la topographie du terrain. De plus, ce plan s’accompagne d’un réaménagement du centre urbain romain de Lugo. Mais l’aménagement de l’enceinte impériale pose des problèmes et a pour conséquence l’isolement d’une partie de la ville au sud et au sud-ouest. Ainsi, la ville s’est considérablement étendue vers le nord et à l’est de l’enceinte. L’exemple le plus connu de destruction nécessaire à la construction de l’enceinte est la Domus do Mitreo, une grande maison romaine incluant un sanctuaire privé au dieu Mithra, qui a été partiellement démolie pour permettre la construction des fortifications. Sur le site archéologique actuel, il est possible d’observer le début du mur et de constater que sa largeur était presque identique à ses fondations.

Figure 13 – Enceinte romaine de Lugo au musée universitaire de la Domus au Mithreum, fondation et courtine. c. E. Goreau, 2022.
Ainsi, la fortification romaine de Lugo a été érigée pour répondre aux besoins de son époque : sa fonction principale est de protéger la ville des menaces extérieures, mais elle affirme aussi la puissance et la pérennité de l’Empire romain (après une période de crise), et contribue à l’organisation et à la structuration de la vie urbaine. C’est à partir du Moyen Âge que la muraille romaine subit des rénovations, mais aussi des destructions et des pillages. Cependant, le périmètre et le tracé d’origine des murs, des tours et des portes restent encore clairement visibles de nos jours malgré les aléas du temps, ce qui lui vaut d’être inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2000 comme “le plus bel exemple de fortifications romaines tardives en Europe occidentale”.
Bibliographie
- UNESCO CONVENTION DU PATRIMOINE MONDIAL COMITÉ DU PATRIMOINE MONDIAL, 24ème session ordinaire (27 novembre – 2 décembre 2000), Cairns (Australie), ÉVALUATIONS DES BIENS CULTURELS. Lien vers la source.
- Arias Vilas Felipe, Las murallasromanas de Lugo, Saint-Jacques de Compostelle, 1972.
- Raido José Luis Martínez, Las murallasdefensivassegúnVitruvio, Universidade da Coruña, 2014.
Sitographie
- Varela Suso, « La Muralla romana de Lugo: las certezas sobre su construcción y su historia », La Voz de Galicia, datant du 15 janvier 2023, consulté le 09/11/2025. Lien vers la source.
Pour citer cette notice : «260-310 ap. J.-C. : La construction de l’enceinte romaine de Lugo », Lucie Bachelot (M1 Histoire, Civilisations, Patrimoine, Le Mans Université), https://murus.univ-lemans.fr/ , mis en ligne le 17 mars 2026 ; consulté le 17 mars 2026

