1953 : Découverte de la poterne « du tunnel »

Contexte

Le dégagement de la tour en bas du tunnel et la découverte de la poterne du tunnel au Mans en 1953 constituent un événement archéologique majeur qui a contribué à enrichir la connaissance des entrées de la ville romaine tardive. Jusque-là, seules étaient connues quatre portes piétonnes, à baie unique – sur la face occidentale de l’enceinte la Grande poterne, la petite Poterne, la poterne de Gourdaine, sur la face orientale une poterne à proximité de la maison Saint-Bertrand disparue sans doute dès les travaux de construction du chœur gothique de la cathédrale (1217-1254)  – et une porte à baies multiples pour véhicules, la porte Saint-Martin, au niveau du décrochement formé par l’enceinte à l’angle de la rue des fossés Saint-Pierre et de la collégiale Saint-Pierre La Cour.

Figure 1 – Vue actuelle de la poterne et de la tour du tunnel, wiki commons

Figure 2 – Carte Postale Le Mans, Vieilles Maisons, AD 2Fi02528, 1903-1910

La découverte

Une poterne en bas du tunnel a été mise au jour de manière inattendue lors des travaux de nettoyage de la tour du tunnel. Celle-ci était en partie recouverte de constructions modernes et était surveillée de près par les services de l’État : non seulement elle présentait une inclinaison prononcée, que d’aucuns attribuaient à un affaissement  – en réalité elle pouvait être liée au rôle de contrefort assuré par les tours de l’enceinte-, mais ses maçonneries étaient fragilisées par les racines d’un arbre remarquable, un arbre de Judée très ancien auquel la population était attachée. Les travaux furent engagés en 1953, à la demande pressante de l’architecte en chef des Monuments Historiques, R. Vassas, qui fit valoir le danger pour la tour et, en cas d’effondrement, pour les promeneurs du petit jardin public situé à son pied (lettre au secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts, service des Monuments Historiques, le 20 novembre 1952).

Le dégagement fit apparaître, à 3 m au nord de la tour, le départ d’un arc en plein cintre partiellement conservé fait de briques et de mortier rose, ainsi que deux murs parallèles de part et d’autre  permettant d’identifier une poterne jusque-là inconnue. Cette porte à une baie est large de 1,88m, profonde de 4,20m et haute de 3,55m sous la voûte, soit des dimensions inférieures à celle de la Grande Poterne. Une partie de l’arc a disparu en raison de l’affaissement du piédroit gauche sur une profondeur de 44 cm dans le sol humide. Des encoches, révélant le système de fermeture d’une porte, avaient été aménagées dans les premiers blocs des deux piédroits : à droite, un trou dans lequel devait être introduite une barre de bois, à gauche une glissière dans laquelle la barre se logeait pour ainsi bloquer la porte. Ces encoches sont aujourd’hui quasiment invisibles en raison de la dégradation des pierres. Les jambages de la porte sont en effet composés de gros blocs de calcaire superposés, tandis que la partie supérieure est en briques assemblées au mortier.

Figure 4 – La poterne, état 9 janvier 1991 ; AM Le Mans.

Figure 4bis – La poterne, état 9 janvier 1991 ; AM Le Mans.

Poterne, ou « porte marine » ?

Paul Cordonnier-Détrie (1896-1980), alors correspondant des Antiquités Historiques de la Sarthe et de la Mayenne qui rendit compte de la découverte, fut intrigué par le niveau auquel se situait cette poterne, inférieur à celui de l’une des portes conservées sur la même face de l’enceinte côté Sarthe, la Grande Poterne. Il proposa l’hypothèse d’une porte « marine », donnant un accès direct à la rivière, voire un embarcadère, déduite des nombreux éléments de bois retrouvés au-devant de la porte. Cette hypothèse, retenue sur le moment par l’érudit André Bouton (Maine Libre, 23/12/1953), a été écartée par J. Guilleux à la suite de la reprise de l’étude : le niveau de la porte, dont le seuil présentait un dénivelé de 6m par rapport à la rivière, ne permettait pas d’y accéder directement.

Depuis sa découverte, la porte a fait l’objet de plusieurs campagnes de restauration tendant à lui redonner son image d’origine.


Bibliographie

  • BOUILLET J., BERTRAND E., AUGRY S., MEUNIER H., MONTEIL M. (dir.), Au pied du mur, L’enceinte romaine du Mans, catalogue d’exposition, musée Jean-Claude Boulard – Carré Plantagenêt du Mans, 2022.
  • BOUTON A., « Autour de la poterne antique récemment découverte au pied de l’enceinte gallo-romaine », Le Maine Libre, 23/12/1953.
  • CORDONNIER-DETRIE P., « VIe circonscription. Sarthe, Le Mans, b) », Gallia, 12.1, 1954, p. 169-175. https://www.persee.fr/doc/galia_0016-4119_1954_num_12_1_1384
  • GUILLEUX J., L’enceinte romaine du Mans, Le Mans, Bordessoules, 2000.
  • PORCHERON G., « Portes, poternes et accès publics de la cité du Mans (Vieux Mans), des origines à nos jours »,
    La Vie Mancelle, n°250, sept. 1986.

Pour citer cette notice :  « 1953. Découverte de la poterne du tunnel, enceinte romaine du Mans », Marianne Tregouët (M1 Histoire, Civilisations, Patrimoine, Le Mans Université) et Estelle Bertrand (Le Mans Université-CReAAH UMR 6566), www.murus.univ-lemans.fr, mis en ligne le ; consulté le 02/2024

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