1984 : Restauration de la Tour de la Madeleine

Sa construction

La tour Madeleine flanque l’enceinte romaine du Mans sur sa face occidentale côté Sarthe ; elle se situe entre la tour de Pans de Gorron, au niveau de l’angle nord-ouest, et la tour Hueau, aujourd’hui disparue. De forme semi-circulaire à talon, ou en U, son emprise sur le mur s’étend sur 7,46 mètres, pour un rayon de 3,70 mètres formant une avancée de 5,65m, ce qui correspond aux mesures standard des tours en U (Oigny, Ecoles, Vivier, Ardents, Tucé, Estang). Tour organique* implantée à l’oblique de la courtine, elle assurait également le renfort du mur construit à mi-pente. Haute de plus de 14 mètres pour sa partie antique, elle possède un soubassement en grand appareil formé de trois lits de blocs dont le premier forme sa plate-forme de fondation. Les travaux de dégagement effectués en 1984 ont permis de mettre au jour, sur cette plate-forme de fondation, la marque d’un sillon circulaire tracé pour donner la forme de la tour.

Trois baies en arc en plein cintre ouvertes vers l’extérieur éclairaient le premier étage installé au-dessus d’une chambre basse aveugle. Un second niveau, auquel on devait accéder par une échelle mobile, a quant à lui conservé une ouverture de taille plus réduite. Sous les fenêtres de la chambre, un cordon de briques plus épais, formé de six briques, permet de situer le départ du parapet protégeant le chemin de ronde ; la hauteur du parapet s’élevait en cet endroit à 1,80m d’après les indices de maçonnerie encore conservés.

Figure 1 – LE MANS. Restes des vieux remparts romains – La Tour Madeleine. J. Garczynski, Comptoir photographique de l’Ouest. Carte postale photographique. AD 72 2 Fi 00823.

Figure 2 – Vue sur le quai Louis Blanc depuis le presbytère du Pré, Cliché Cum, 1960 (AM, 15FICUM 2/29)

Ses décors

Le parement de la tour possède seize plages successives en petit appareil dont les dix premières sont décorées par différents motifs, formés d’assemblages de moellons de calcaire clair et de grès sombre (roussard) placés entre des rangées de briques. Parmi ces formes se trouvent : des lignes horizontales alternant trois lits de moellons bruns et deux lits de moellons clairs ; des lignes obliques à un brin formées de moellons bruns et clairs décalés d’une ligne à l’autre ; des lignes obliques à deux brins disposées de droite à gauche ; des motifs en dent de scie, des losanges pleins, des cercles pointés. La première rangée des blocs de soubassement, en grand appareil, présente également des décors de bossage formant des quarts de cercles, décors qui ornaient aussi une partie des blocs de la courtine dans ce secteur.

L’intérêt des érudits pour la tour

Au cours du XIXe siècle, dans un contexte de naissance de l’archéologie moderne, l’enceinte romaine du Mans et en particulier la tour Madeleine ont intéressé les érudits locaux et nationaux. C’est le cas notamment de l’érudit normand Arcisse de Caumont (1801-1873), fondateur de la Société Française d’Archéologie, qui porta une attention particulière à la tour lorsqu’il visita Le Mans en 1857. D’ailleurs, il la mentionne sans la nommer dans son « Rapport verbal » publié dans le Bulletin monumental de la Société française d’archéologie. Dans une logique de sauvegarde, il effectue plusieurs dessins dont celui d’une tour « Une des plus hautes et des mieux conservées de toutes celles qui restent » que nous pouvons identifier comme la tour Madeleine grâce à la mention de deux ouvertures de l’époque, et à sa cheminée. En 1881, pour l’abbé Robert Charles (1847-1887) dans la Revue Historique et archéologique du Maine, la « tour Magdeleine » est toujours considérée comme « [l’] une des plus belles de l’enceinte ». L’abbé en reproduit d’ailleurs le dessin publié dans le Bulletin Monumental en 1857 en lui donnant bien le nom de tour Magdeleine (fig. 5). Quelques années plus tard, elle est au centre des projets de dégagements élaborés par Robert Triger

Figure 3 – La tour Madeleine , c. C. Maugin, 11/2021

Figure 5 – La tour Madeleine, vue aérienne , c. drone (ESO UMR 6590) ( 06/2021).

Sa restauration

À l’issue d’achats successifs de parcelles par la ville du Mans à partir de 1931, la tour est dégagée en 1941. Elle ne fait cependant encore l’objet d’aucune restauration. Dans les années 1970, un projet de voie rapide sur le Quai Louis Blanc le long de la face occidentale de l’enceinte est prévu . Cependant, après divers effondrements du mur pendant les années 1970 (une partie du mur s’écroule après la destruction des maisons du quartier Saint-Benoît en 1972 ; de même en 1976, rue des Fossés-Saint-Pierre) le projet inquiète et mobilise les défenseurs de l’enceinte. Il est finalement abandonné par la nouvelle municipalité élue en 1977, et le nouveau maire, Robert Jarry signe avec l’État une convention de restauration de l’enceinte en 1980. Cet accord permet le début de travaux de restauration, de dégagement, de recherche archéologique et de mise en valeur de cette partie de l’enceinte où se situe la tour Madeleine. Les travaux sont confiés à l’entreprise Lefèvre et la tour est restaurée en 1985 : ses décors sont restitués et les blocs de soubassement, en partie épierrés, sont remplacés.

Figure 4 – Restauration de la tour Madeleine, AD 72, 15FiCum121_04, (1985)

Figure 6 – La tour Madeleine et la tour des Pans de Gorron, vue aérienne , c. drone (ESO UMR 6590), (06/21).


Bibliographie :

  • BOUILLET Julie (dir.), Au pied du mur : l’enceinte romaine du Mans, [catalogue d’exposition du Musée Jean-Claude Boulard-Carré Plantagenêt, 14 mai 2022-8 janvier 2023], Le Mans et Gand, Musées du Mans et Éditions Snoeck, 2022, 199 p.
  • CHARLES R., « L’enceinte gallo-romaine du Mans », in Revue historique et archéologique du Maine, t. 9, 1er semestre, 1881, pp. 107-249. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4153282/f124.item
  • DE CAUMONT Arcisse, « Rapport verbal sur une excursion archéologique faite en mars 1857, au Mans » in Bulletin monumental ou collection de mémoires et de renseignements sur la statistique monumentale de la France, Paris, Derache, n°23, 1857, pp. 514-531 ; https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k310433/f534.item
  • GUILLEUX Joseph, L’enceinte romaine du Mans, Saint-Jean-d’Angély, Éditions Jean-Michel Bordessoules, 2000, 268 p.
  • GUILLEUX J., FOURMY R., « L’enceinte gallo-romaine du Mans (Tour Madeleine, Pans de Gorron) », La Province du Maine, 87, 1985,p. 1-8.
  • GUILLEUX Joseph, « 1980 Année du patrimoine. Une action sera-t-elle entreprise pour sauver l’enceinte gallo-romaine? », in L’Échotier, Printemps 1980, n°5, pp. 3-5 et p. 7.
  • PORCHERON G., « Les tours de l’enceinte gallo-romaine du Mans » , La Vie Mancelle, nos 254, 1987.

Pour citer cette notice :  « 1984. Restauration de la tour Madeleine, enceinte romaine du Mans », Arthur Corre (M2 Histoire, Civilisations, Patrimoine, Le Mans Université) et Estelle Bertrand (Le Mans Université-CReAAH UMR 6566), www.murus.univ-lemans.fr, mis en ligne le ; consulté le 06/2024

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