1975 : Restauration de la Tour du Vivier

La tour du Vivier flanque l’enceinte romaine du Mans sur sa face occidentale le long de la Sarthe, à proximité immédiate de la porte appelée « Grande poterne ». Elle devrait son nom à la fontaine bordant la rue de la Porte-Sainte-Anne, le long de laquelle elle se situe. D’après Joseph Guilleux, c’est la tour qui conserve l’image la plus proche de son aspect originel.

Figure 1 – La tour du Vivier aujourd’hui, avec la grande Poterne en arrière-plan, collection privée, (octobre 2019)

Figure 2 – Le Mans à travers les Âges. Tour du Vivier, rue porte Sainte Anne. Carte Postale, AD72, 5FI00916

Sa construction

Cette tour organique a une emprise de 7,40 mètres sur le mur d’enceinte, pour 5,15 mètres de saillie , sa forme en demi-cercle à talon, ou en U, présente 1,50 mètre de partie rectiligne pour un rayon de 3,65 mètresS’élevant à plus de 13 mètres, ses murs sont épais d’1,10 mètre à la base et 0,80 mètre à l’étage. Elle repose sur un soubassement de trois rangées de blocs tandis que son parement, décoré de motifs géométriques comme le reste de l’enceinte, est conservé sur treize plages encore visibles. Comme la tour Madeleine, elle dispose d’une chambre basse aveugle surmontée d’une chambre haute éclairée de trois baies en arc en plein cintre ouvertes vers l’extérieur. Ces dernières, larges d’1,10 mètre et hautes d’1,30 m permettaient aux défenseurs d’effectuer des tirs de flanquement au pied de la courtine.

Sa restauration

Présentant un faux devers de 85 cm du sommet à la base, signalé dès 1942 par l’architecte en chef Julien Polti, et fragilisée par les bombardements de 1944qui provoquaient des lézardes inquiétantes, elle fut étayée en urgence à partir de novembre 1949 : vingt familles occupant des logements dans la tour et à son pied étaient menacées par les risques d’effondrement, alors que la ville manquait de logement pour les évacuer. Dans un contexte compliqué par l’établissement de la propriété de la tour, et par un désaccord entre la ville et l’une de ces familles occupant la tour portant sur les responsabilités et les participations financières, une batterie d’étais fut apposée et la réfection commença par la consolidation des fondations , mais les travaux furent stoppés, en l’absence de compromis entre la ville et les occupants de la tour. De surcroît, l’impossibilité pour la ville de trouver une solution de relogement pour les familles habitant encore rue de la Verrerie et le retard pris par la construction de l’égout diminuaient l’efficacité des étais. Les mesures provisoires s’avérèrent insuffisantes et, en 1951, le ministère alerta sur les risques imminents d’effondrement des maisons de la rue de la Verrerie, voire du mur lui-même, sur les logements de la rue de la porte Sainte-Anne en contrebas, et donc sur le risque de nombreuses victimes. Un programme plus conséquent dut donc être préparé. La restauration proprement dite ne débuta qu’en 1962, sous la surveillance de l’architecte des Monuments Historiques. Les travaux furent confiés à l’entreprise Lévêque, Mantillon (Orne) -toiture, charpente et escalier- et à l’entreprise Pavy, Le Mans – gros-œuvre et maçonnerie. En parallèle la municipalité entreprenait la construction d’un égout.

Figure 3 : La tour du Vivier et ses étais, en attente de rénovation. Photographie. AM du Mans. 15 Fi Cum1-164 (09/1959)

Le poids de la tour fut calculé et évalué à environ 370 tonnes, ce qui donna lieu à la réalisation d’un chaînage en béton , il fallut creuser jusqu’à dix-sept mètres de profondeur pour compenser la déclivité de la tour. Enfin, le travail pour nettoyer et rejointoyer la façade s’acheva en 1975, après plus de dix ans de travaux. Les abords de la tour, alors encore encombrés de constructions modestes en partie ruinées, furent dégagés puis aménagés en espaces verts dans le cadre des travaux d’aménagement du quai Louis Blanc consécutifs à l’abandon du projet de pénétrante . La signature de la convention entre la ville et l’État en 1980, visant à la restauration et à la mise en valeur de l’enceinte, achevèrent la réhabilitation de la tour et de ses abords : en mars 1989, la municipalité vota l’aménagement des abords des tours de Tucé, Saint-Hilaire et du Vivier avec surfaces engazonnées, muret de protection et circulations vers la Grande Poterne , les travaux furent réalisés en 1994 pour un coût total de 151 802,07F TTC sur le budget municipal.

Devant l’opposition virulente des habitants et associations, le nouveau maire Robert Jarry (1977-2001) et le conseil municipal à majorité communiste modifièrent le projet de tronçon routier jouxtant l’enceinte. En septembre 1977, la municipalité annonça que le réseau routier des berges de la Sarthe ne serait pas différent des autres voies du centre-ville, et que des aménagements seraient réalisés afin de générer le moins de vibrations possibles sur l’enceinte. Le projet de pénétrante nord fut abandonné.

Figure  4: La tour du Vivier, après rénovation. Photographie AM du Mans. 15 Fi Cum69-11 (19/11/1984)


Bibliographie

  • BOUILLET Julie, (dir.), Au pied du mur : l’enceinte romaine du Mans, [catalogue d’exposition du Musée Jean-Claude Boulard-Carré Plantagenêt, 14 mai 2022-8 janvier 2023], Le Mans et Gand, Musées du Mans et Éditions Snoeck, 2022, 199 p.
  • GUILLEUX Joseph, L’enceinte romaine du Mans, Saint-Jean-d’Angély, Éditions Jean-Michel Bordessoules, 2000, 268 p.
  • CLVM, « À la découverte de la Tour du Vivier », in L’Échotier, Automne 1975, n°2 (ancienne publication), p. 5
  • PORCHERON G., « Les tours de l’enceinte gallo-romaine du mans », La Vie Mancelle n° 254, 255, 256, 1987.

Pour citer cette notice :  « 1975. Restauration de la tour du Vivier, enceinte romaine du Mans », Arthur Corre (M2 Histoire, Civilisations, Patrimoine, Le Mans Université) et Estelle Bertrand (Le Mans Université-CReAAH UMR 6566), www.murus.univ-lemans.fr, mis en ligne le ; consulté le 04/2024

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