1976. Effondrement du mur de ville, Le Mans 

Le projet de rénovation de la rue des Fossés Saint-Pierre

Dans le cadre des grands travaux urbains voulus par le sénateur-maire Jacques Maury , la municipalité du Mans avait entrepris le projet ambitieux de dégager la rue des Fossés Saint-Pierre pour remédier aux problèmes d’insalubrité et d’insécurité signalés par les résidents du quartier. Le processus débute par l’acquisition de l’ensemble des bâtiments de la rue des Fossés Saint-Pierre le 4 août 1976, suivie de la conclusion d’un contrat avec l’entreprise Cardem, qui sous-traite une partie des travaux à l’entreprise Dumortier.

Ces travaux, effectués entre le 19 octobre et le 19 novembre, consistent en une série d’arrachements progressifs des bâtiments adjacents à l’enceinte, principalement réalisés à l’aide de pelles mécaniques, entraînant des vibrations et des chocs qui fragilisent la structure même de l’enceinte et des maisons situées à l’aplomb. Ce manque de minutie, aggravé par l’absence de mesures de protection adéquates (telles que des structures d’étaiement), ont contribué à l’effondrement ultérieur de l’enceinte. De plus, un creusement supplémentaire d’une profondeur de 0,50m, à la demande d’un jardiner municipal soucieux de rapporter de la bonne terre végétale, sans consultation d’experts, a exposé les fondations au gel, aggravant davantage la situation.

Ces travaux, effectués entre le 19 octobre et le 19 novembre, consistent en une série d’arrachements progressifs des bâtiments adjacents à l’enceinte, principalement réalisés à l’aide de pelles mécaniques, entraînant des vibrations et des chocs qui fragilisent la structure même de l’enceinte et des maisons situées à l’aplomb. Ce manque de minutie, aggravé par l’absence de mesures de protection adéquates (telles que des structures d’étaiement), ont contribué à l’effondrement ultérieur de l’enceinte. De plus, un creusement supplémentaire d’une profondeur de 0,50m, à la demande d’un jardiner municipal soucieux de rapporter de la bonne terre végétale, sans consultation d’experts, a exposé les fondations au gel, aggravant davantage la situation.

L’effondrement du mur

Le 19 novembre 1976, ces facteurs cumulés aboutissent à l’effondrement partiel de l’enceinte, révélant une connaissance insuffisante de l’état de conservation de la structure et entraînant des conséquences désastreuses pour les résidents de la rue Saint Flaceau. À 9h 45, deux nouveaux coups de pelle ébranlent les immeubles et provoquent des fissures au sol du rez-de chaussée de la maison du 19, faisant sortir les locataires affolés. À 15h, « on entend comme un coup de tonnerre » (J. Couasnon, riveraine) : le mur s’effondre, mais sans faire de blessés, la ville ayant entretemps évacué les locataires. Dans la soirée, un autre effondrement se produit au niveau du numéro 17. Contrairement à ce qui fut prétendu dans les premiers temps, ce n’est pas l’enceinte romaine qui s’effondra mais les contreforts médiévaux qui avaient été érigés devant elle au XIVe siècle, dans le contexte troublé de la guerre de Cent ans : les archéologues Joseph Guilleux et Jacques Biarne ne manquèrent pas de clarifier dans la presse ce qui était alors une confusion courante dans l’esprit des Manceaux. La muraille, c’était la vieille muraille, et on ne faisait guère la distinction entre les époques.

Près de la tour du Bourreau, également du XIVe siècle, le mur apparut sur une longueur de 9 m, présentant un fort dévers provoqué par le creusement du terrain en avant de l’enceinte.

Figure 1 – « Eboulement dans le Vieux Mans », Maine Libre, 20 novembre 1976

Figure 2 – « Vieilles Maisons rue des Fossés Saint-Pierre », Carte Postale, v. 1910, AD 72

Figure 3 – « Un rempart s’effondre dans le Vieux Mans », Maine Libre, 23 novembre 1976

Figure 4 – Mur romain derrière le mur éboulé, AM Le Mans, nov. 1976

Les travaux de reconstruction

En réponse à cet accident, des mesures d’étaiement sont prises dès janvier 1977, visant à stabiliser la zone et à prévenir de nouveaux effondrements. Une nouvelle municipalité venait d’être élue, l’ancienne ayant selon toute vraisemblance fait les frais de l’événement de trop. Les mesures d’urgence incluent notamment le renforcement des bâtiments restants à l’aide de structures d’étaiement temporaires et de chaînages pour consolider les fondations, le temps des expertises destinées à évaluer l’ampleur des dommages et à permettre les études techniques. En mars 1980, un projet de restauration est présenté, axé sur le renforcement de la structure par la remontée des talus, la création de terrasses maçonnées et la restauration des murs. De fait, les maisons numéros 19, 17 et 17bis sont démolies pour être remplacées par le jardin actuellement connu sous le nom de jardin des vignes. Le projet se concentre sur les numéros 11 et 23 de la rue Saint-Flaceau, adjacents à la rue des Fossés Saint-Pierre avec la construction de talus et de terrasses maçonnées recouvertes de pierre de parement, avec une priorité donnée à la restauration et à la consolidation des murs entre les terrasses. L’escalier des boucheries, aménagé en 1693, fut restauré et intégré au jardin dans son état initial. Les travaux furent confiés à l’entreprise Pavy et respectèrent un cahier des charges stricts visant à retrouver, par l’usage de moellons locaux et de mortier de sable, l’aspect initial du mur. 6000 moellons furent positionnés à la main. En 1980, l’année du patrimoine, l’inauguration des travaux fut célébrée par une grande fête publique. Plus tard, la création des jardins prévus dès 1981 fut associée à un projet de mise en lumière mené par le maire R. Jarry et récompensé en 2000 par un prix (Plan lumière)

Figure 5 Travaux d’étayage rue des fossés Saint-Pierre, suite à l’éboulement du mur, 7 mars 1980 (AM Le Mans, 15FiCum44-146_05)

Figure 6 – Travaux de reconstruction (AM 15 FI 44-147_09 : 7/03/1980 , 15 FI CUM 50-07 : , 15 FICUM 50-29 : avril 1981)

Figure 6bis – Travaux de reconstruction (AM 15 FI 44-147_09 : 7/03/1980 , 15 FI CUM 50-07 : , 15 FICUM 50-29 : avril 1981)

Figure 6ter – Travaux de reconstruction (AM 15 FI 44-147_09 : 7/03/1980 , 15 FI CUM 50-07 : , 15 FICUM 50-29 : avril 1981)

Les enjeux pour la ville

Entretemps cependant, l’affaire avait pris une tournure juridique : les occupants des maisons détruites attaquèrent la ville en demandant des dommages et intérêts, et la ville se retourna contre l’entreprise Cardem en lui réclamant au Tribunal administratif le versement des sommes considérables induites par les travaux de démolition et de reconstruction de l’enceinte, le rachat des immeubles entre les numéros 11 et 23 de la rue Saint Flaceau et les frais annexes, soit plus de 4 millions de francs (700 000 euros). Des experts furent mandatés pour déterminer les responsabilités respectives des parties, et au terme de la procédure une solution amiable fut trouvée en 1985. 

Ce spectaculaire accident, inscrit dans le contexte de la très controversée « pénétrante nord » perçue comme une menace pour l’enceinte côté Sarthe, aggrava le ras-le-bol des Manceaux envers la municipalité sortante. Il s’était produit en novembre 1976, quelques mois seulement avant les élections municipales. Or, la municipalité sortante était accompagnée de la réputation de démolisseuse, après avoir largement entaillé le bâti urbain avec la rénovation du Vieux Mans et les travaux de la Percée centrale, ce gigantesque quartier moderne en plein cœur de ville (https://provincedumaine.wordpress.com/la-percee-centrale-le-mans-brutaliste/). La population mancelle était fatiguée par ces bouleversements, l’évènement qui portait sur cette partie du Vieux Mans (rue de la Porte-Saint-Pierre), par ailleurs peu fréquentée, l’a frappée. C’en était trop. Le maire fut accusé d’incurie et critiqué pour avoir participé à la soirée de gala organisée à l’abbaye de l’Epau dans le cadre des Journées Nationales des Communautés Urbaines, le jour même où les maisons du Vieux Mans s’étaient effondrées. Au-delà de ses implications politiques, l’affaire contribua à sensibiliser les citoyens et la municipalité du Mans à l’importance de restaurer et de protéger l’enceinte. En 1979, les associations firent entendre des cris d’alerte pour « sauver les remparts » (http://cite-plantagenet.org/echotier/1979/06/sauvons-les-remparts-du-vieux-mans/) et en 1980, déclarée l’année du Patrimoine, les historiens appelèrent vigoureusement à une action pour  « sauver l’enceinte » (L’Echotier, J. Guilleux : http://cite-plantagenet.org/echotier/1980/03/1980-annee-du-patrimoine). C’est donc un des événements également qui incitèrent le plus la municipalité à demander l’aide financière de l’Etat et de la Région pour la restauration de l’enceinte, demande qui aboutit à la signature d’une convention à la fin de la même année.


Bibliographie

  • Le Maine Libre, 16 décembre 1976, « L’éboulement du Vieux Mans, des précisions de M. Jacques Biarne, Directeur du Laboratoire d’Archéologie de la Faculté des Lettres du Mans ».
  • BOUILLET J. (dir.), BERTRAND E., AUGRY S., MEUNIER H., MONTEIL M., Au pied du mur, L’enceinte romaine du Mans, Gand, Snoeck, 2022.
  • GUILLEUX J., L’enceinte romaine du Mans, Jean-Michel Bordessoules, 2000.
  • MIOT F. (dir.), Le Mans, Histoire mosaïque, La Reinette Eds, 2019.
  • PORCHERON G., « Les transformations du Vieux Mans et de ses abords », La Vie Mancelle et Sarthoise, 1991.

Pour citer cette notice :  « 1976. Effondrement du mur de ville, Le Mans », Marianne Tregouët (M1 Histoire, Civilisations, Patrimoine, Le Mans Université) et Estelle Bertrand (Le Mans Université-CReAAH UMR 6566), www.murus.univ-lemans.fr, mis en ligne le ; consulté le 05/2024

Retour en haut