1984 : Restauration de la Tour des Pans-de-Gorron

La construction de la Tour

À l’instar des tours voisines de la Madeleine et  Hueau, la tour des Pans-de-Gorron jalonne la façade occidentale regardant la Sarthe de l’enceinte du Mans. Cette façade occidentale a pour particularité d’avoir le plus grand écartement entre les tours de toute l’enceinte, en raison de la première protection qu’offrait la Sarthe coulant au pied du mur : ainsi, la tour des Pans-de-Gorron est disposée à 30.10m de la tour Madeleine.

Son utilité était triple : renforcer les contreforts, protéger l’ancienne poterne de Gourdaine (aujourd’hui disparue) et servir de support à un décor ornemental vantant la richesse de la ville qui l’a érigée. Des archéologues comme Joseph Guilleux ont qualifié la tour comme étant d’une « grande qualité de construction ».

Conservée sur 10,50m de hauteur au niveau de la courtine, la tour des Pans-de-Gorron est disposée au fond d’un creusement artificiel. Elle dénote d’abord par sa construction hexagonale à pans coupés, à rayon de 3,75 mètres sur chaque arrête. On ne retrouve cette forme que dans la tour Saint-Michel, son pendant sur la face orientale. Certains chercheurs supposent que cette forme particulière vient du fait que la tour a été associée à une poterne, et que la tour aurait pu fonctionner en tandem avec une autre tour aujourd’hui disparue (la tour de Gourdaine).

Au fil des fouilles, les archéologues ont relevé la présence de plateforme de fondation pour cinq tours de la muraille, dont celle des Pans-de-Gorron. Cette plateforme enterrée déborde de la base de la tour, et a été construite sur le modèle dit « organique », c’est-à-dire simultanément aux deux fractions de courtine qu’elle sépare. Ce soubassement est formé de deux lits de blocs ciselés, en grand appareil.

Figure 2 – Vue de la façade occidentale de l’enceinte, de gauche à droite : les tours des Pans de Gorron, Madeleine, Hueau (base) et du tunnel. Photographie par drone, ESO Le Mans, 2022.

De là, le mur s’élève en se rétrécissant jusqu’à former un redent. Les poutres supportant le plancher de la première chambre de la tour des Pans-de-Gorron s’encastrent dans ce redent. L’épaisseur du mur est traversée par une canalisation en tubuli (canalisations de terre cuite) servant à l’évacuation des eaux. En effet, Joseph Guilleux a mis en évidence six sorties d’eau dans l’enceinte du Mans, dont une située entre la tour des Pans-de-Gorron et celle de la Madeleine. À la fonction défensive et décorative de la tour des Pans-de-Gorron s’ajoute donc un rôle sanitaire d’évacuation des eaux pluviales et des égouts de la ville romaine, vers les eaux de la Sarthe.

On suppose que, comme les autres tours de l’enceinte, la tour des Pans-de-Gorron possédait deux chambres, mais elle n’est aujourd’hui conservée que jusqu’à sa chambre basse aveugle. J. Guilleux note que la partie haute de la tour a été très abîmée par des constructions parasites qui s’étaient appuyées sur elle, sans que l’on sache quelle fut la nature exacte de ces constructions parasites, ni leur période d’édification. Certains chercheurs avancent en outre l’existence d’un petit oratoire à l’intérieur de la tour, en se basant sur une porte en encorbellement et des arcades ogivales trouvées en arrière de la tour.

Enfin, un parapet protégeant le chemin de ronde coiffait l’enceinte. On retrouve des traces d’un épais cordon de briques sur la tour des Pans-de-Gorron (8 briques) ainsi que sur les côtés (5 au départ nord de la courtine, 5 après la brèche), ce qui constitue le plus grand vestige du parapet de l’enceinte.

Ses décors

La tour des Pans-de-Gorron était embellie d’un parement polychromique alternant chaînage de brique rouge et moellons de calcaire et de grès clair. On peut y admirer des motifs linéaires et répétés en losanges, en dents-de-scie, en cercle pointés et en V inversé qui se cumulent en cinq plages de maçonnerie séparées de briques superposées, au sein desquelles on peut voir apparaître des trous de boulin.

Figure 3 – Décors ornant la tour des Pans de Gorron après restauration à l’identiqe, c. C. Maugin, 2021.

Son histoire

On ne sait à quand remonte l’appellation « pans-de-gorron », qui découle probablement de sa forme hexagonale, et qui deviendra le gentilé des habitants du quartier. Elle donne également son nom à l’escalier des Pans de Gorron, qui débouche sur le parvis de la cathédrale et sur la rue des Pans-de-Gorron, bordée de maisons closes qui font la réputation du quartier jusqu’en 1946, date de leur fermeture.

À la fin du XXème siècle, dans le numéro 254 de La Vie Mancelle, on peut encore la trouver  sous le nom de « Tour de Gorron, à cinq pans ». D’autres hypothèses de l’Abbé Voisin, au XIXème siècle, avancent qu’une maison canoniale qui la jouxtait au Moyen Âge aurait été habitée par des chanoines de la famille Gorron ou Goran.

Aux XVIIème et XVIIIème siècles, la tour des Pans-de-Gorron est encore la propriété de l’abbaye Saint-Vincent. Avec le reste du mur, elle devient la propriété de la ville du Mans suite au procès qui a suivi l’effondrement de 1887.

La tour des Pans-de-Gorrons survit aux destructions de la muraille des années 1830 à 1848, entreprises par la mairie du Mans pour assainir la ville et prévenir les épidémies. En 1947, dans le cadre de la rénovation du Vieux Mans et de la voirie le long du quai Louis Blanc, la municipalité la classe comme « antiquité intéressante à garder ». Elle est cependant mise en danger dès 1972 par le projet d’une voie rapide sur la rive gauche de la Sarthe, avant que celui-ci ne soit abandonné en 1977 face aux virulentes réponses d’associations et de Manceaux.

Figure 4 – Le Mans, rue des Pans de Gorron ; au numéro 1 se trouvait une maison close. Carte postale, vers 1900, AD 72, 2Fi04380.

À partir du printemps 1979, Joseph Guilleux et son équipe réalisent plusieurs sondages sur l’enceinte, alors jouxtée de terrains vagues liés à l’abandon du projet de pénétrante nord. Les sondages indiquent que le niveau du sol antique sur lequel était construite la tour était bien plus profond que le niveau du sol lors de la réalisation des sondages.

Une longue restauration

À partir de 1980 et de la convention passée entre l’État français et la Ville du Mans, la tour des Pans-de-Gorron bénéficie des travaux de dégagement de l’enceinte romaine et de sa valorisation. L’entreprise Lefèvre entame des travaux en décembre 1984 sur la tour des Pans-de-Gorron, de la Madeleine et la courtine entre elles.

Figure 5 – La tour des Pans de Gorron, avant la pose des échafaudages ; c. entreprise Pavy, 1979.

Figure 6 – tour des Pans-de-Gorron en cours de restauration, 1985

Figure 7 – Tour des Pans-de-Gorron en cours de restauration, 1985

Figure 8 – Tour des Pans-de-Gorrons restaurée, soubassements dégagés, 1985

Dès lors, les archéologues et chercheurs craignent que les projets d’aménagement d’un espace vert au pied de la portion de l’enceinte ne mettent en danger les fondations de la tour. Il est donc décidé de concilier les aménagements des terrains pour valoriser les soubassements et les rendre visibles au public.

À partir de 1994, une nouvelle campagne de travaux permet de dégager la portion d’enceinte courant de la tour du tunnel à la tour des Pans-de-Gorron, et achève de révéler au grand jour la façade occidentale.

Depuis, la tour des Pans-de-Gorron est régulièrement mise en valeur, comme par l’installation du plan lumière à partir de 2000. En 2010, de nouvelles installations entre la tour des Pans-de-Gorron et celle du Tunnel permettent de distinguer les parties antiques des ajouts postérieurs. Enfin, événement plus spectaculaire et désormais emblématique de la ville du Mans, la nuit des Chimères permet de la faire découvrir au grand public et la replacer dans le contexte plus général de l’enceinte et son histoire.

Aujourd’hui cependant, la tour des Pans-de-Gorron est de nouveau fragilisée. Un dispositif interdit de s’en approcher pour risque de chutes de pierre.

Figure 9 – Tour des Pans-de-Gorrons (à gauche) lors de la Nuit des Chimères, juin 2009 © nuitdeschimeressur flickr.com


Bibliographie :

  • BOUILLET Julie (dir.), Au pied du mur : l’enceinte romaine du Mans, [catalogue d’exposition du Musée Jean-Claude Boulard-Carré Plantagenêt, 14 mai 2022-8 janvier 2023], Le Mans et Gand, Musées du Mans et Éditions Snoeck, 2022, 199 p.
  • CHEVET Pierre, MEUNIER Hugo et MONTEIL Martial, « Le Mans/Vindinum, chef-lieu de la cité des Aulerques Cénomans », Revue archéologique de l’ouest, no 11,‎ 2022, p. 167-199
  • GUILLEUX Joseph, L’enceinte romaine du Mans, Saint-Jean-d’Angély, Éditions Jean-Michel Bordessoules, 2000, 268 p.
  • GUILLEUX J., FOURMY R., « L’enceinte gallo-romaine du Mans (Tour Madeleine, Pans de Gorron) », La Province du Maine, 87, 1985, p.1-8.
  • GUILLEUX Joseph,  AUBIN Gérard, “Le Mans – Rue Denfert-Rochereau et 6 rue des Pans-de-Gorron” [Note of archaeological project], ADLFI. Archéologie de la France – Informations [Online], Pays de la Loire, Online since 23 October 2020, connection on 24 November 2025. URL: http://journals.openedition.org/adlfi/36638
  • PORCHERON G., « Les tours de l’enceinte gallo-romaine du Mans » , La Vie Mancelle, no 254, 1987.
  • VOISIN Abbé, « Cité des Cénomans : nouvelles explorations sur les remparts du Mans », Bulletin de la Société d’agriculture, sciences et arts de la Sarthe, nos 14, 1859, p. 89-122.

Sources :

  • 15FiCum 129/83
  • 15FiCum133/87
  • 15FiCum 136/57
  • 647W10

Pour citer cette notice :  « 1984. Restauration de la tour des Pans-de-Gorron », Johanne Périgois, Master 1 MDH Le Mans Université, décembre 2025.

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