6 avril 1945. Inscription aux Monuments historiques de l’escalier de la Grande Poterne
Un modèle architectural, témoin de transformations successives :
La Grande Poterne est un exemple remarquable d’architecture romaine, témoignant de l’ingéniosité des bâtisseurs de l’époque. Elle s’appuie sur des jambages en gros blocs soigneusement taillés qui soutiennent un arc en plein cintre. L’arc est constitué d’un lit de briques plates de format différent posées de champ et liées au mortier de tuileau incrusté de tuiles canal ; au-dessus de ce premier niveau, un lit de briques posées en à-plat souligne un cordon de moellons en calcaire de forme carrée et rectangulaire, surmonté d’un double lit de briques également en à-plat. L’ensemble forme 86 cm de hauteur. Au-dessus de la poterne, la courtine antique est conservée sur près de deux mètres de haut. Cette poterne n’est pas isolée, elle fait partie des quatre qui se trouvent sur la face occidentale de l’enceinte, avec la Petite Poterne, la Poterne du Tunnel et la poterne de Gourdaine, voisine de la tour des Pans de Gorron et disparue au début du XVIIIe siècle. Chacune de ces poternes a sa propre spécificité, notamment la largeur de ses ouvertures qui est différente. La largeur de la Grande Poterne, comprise entre 2,50 m et 2,70 m, permettait le passage des cavaliers et permet encore aujourd’hui le passage des piétons, tandis que sa hauteur originelle a été réduite au fil des siècles pour atteindre aujourd’hui 4,16 m. Ces proportions, bien qu’ajustées, reflètent les choix pratiques et défensifs des bâtisseurs, tout en maintenant la cohérence architecturale de la poterne.

Escalier de la Grande Poterne, vue extérieure depuis la rue de la porte Sainte Anne ; c. E. Bertrand, janvier 2025
Au fil du temps, la poterne a connu plusieurs modifications. Au Moyen Âge, l’arc en plein cintre antique fut renforcé par un second arc brisé en pierres pour en améliorer la solidité. En 1598, un escalier fut aménagé pour relier l’intérieur de la ville à l’ancien faubourg des Tanneries, remplaçant les dispositifs d’accès d’origine comme de probables plans inclinés. Ce dernier a été à nouveau remplacé au XIXe siècle. Des réparations ont également été réalisées pour préserver la structure, comme celles entreprises entre 1834 et 1848 à la demande de la municipalité, qui incluaient des aménagements de l’escalier et des propositions de consolidation. Ces transformations témoignent de l’évolution des besoins et des usages de la poterne, tout en conservant ses caractéristiques architecturales fondamentales.

Arc de la Grande Poterne, détail, vue extérieure ; c. E. Bertrand, janvier 2025

La grande poterne et la tour du Vivier, vue aérienne, Ville du Mans, 30/09/1987 (AM Le Mans, 15 FICUM 108/41_04)

Escalier de la Grande poterne, vue intérieure depuis la rue de Vaux ; c. E. Bertrand, janvier 2025
Un élément défensif :
L’aspect défensif de la Grande Poterne est lié à son emplacement stratégique et à sa conception architecturale. Elle est située à 12,75 m de la tour du Vivier , ce qui permet une protection efficace du mur et des passages. Ce passage présente un évasement vers l’intérieur, ce qui rend plus difficile l’intrusion des assaillants. On remarque la présence d’une rainure sur les blocs du côté gauche de la poterne, ce qui indique l’existence d’un dispositif de fermeture qui permettait de barrer l’entrée en cas de danger.

Jambages de la porte, vue intérieure ; c. E. Bertrand, janvier 2025.

Grande Poterne (Le Mans), Louis Moullin [Nogent-le-Rotrou, 1818 – Id., 1876], 1854. Crayon, sanguine, encre brune, 25,8 x 18,5 cm, Musées du Mans, Anc. Fonds médiathèque, inv. 2005.3.38 ; © Musées du Mans.
Un intérêt artistique :
La Grande Poterne, en plus d’être un modèle architectural et d’avoir été un élément défensif, a fasciné de nombreux artistes au fil du temps. C’est alors l’un des rares éléments de l’enceinte visibles et on le retrouve dans de très nombreuses représentations artistiques. Parmi les œuvres les plus notables figurent celles de Louis Moullin (1817-1876), réalisées en 1854, dans le cadre d’une commande du notable manceau Adolphe d’Espaulart. Moullin s’est attaché à capturer les détails architecturaux et les évolutions du bâti dans ses dessins consacrés à la ville du Mans. Son dessin de la Grande Poterne, toujours vers 1854, souligne de rehauts rouges le délicat décor formé par les briques de l’arc et de la courtine. D’autres artistes se sont intéressés à la Grande Poterne, chacun apportant son regard sur ce passage emblématique. Théodore David (1848-1915), vers 1890, s’est efforcé de reproduire la vue des marches en contre-plongée depuis la rue Saint-Hilaire, orientant le regard vers la poterne et mettant en évidence son aspect imposant. À l’inverse, Léon Benett (1839-1916), vers 1860, accorde autant d’attention aux habitants qui fréquentent le passage qu’à la porte elle-même. On trouve également la Grande Poterne sur de très nombreuses cartes postales. Ces représentations confirment l’importance de la Grande Poterne, source d’inspiration pour les artistes et élément essentiel du patrimoine de la ville du Mans.

Le Quartier des Tanneries au Mans : l’escalier de la Grande Poterne, Léon Benett [Orange, 1839 – Toulon, 1916], vers 1860. Fusain, crayon graphite et rehauts de gouache blanche sur papier, 40,7 x 24,3 cm, Musées du Mans, inv. 11.225 ; © Musées du Mans

Carte postale : Le Vieux Mans – Escalier de la Grande Poterne, AD72, cote : 2Fi08512

Le Mans, la Grande Poterne, Théodore David [Le Mans, 1848 – Id., 1915], 1890. Huile sur toile, 49,1 x 29,4 cm, Musées du Mans, inv. 10.481 ; © Musées du Mans
Bibliographie :
- BERTRAND Estelle et HIRARDOT Carole, in : BOUILLET Julie (dir.), Au pied du mur : l’enceinte romaine du Mans, Le Mans, Editions Snoeck, 2022, p.168-171.
- GUILLEUX Joseph, L’Enceinte romaine du Mans, Saint-Jean-d’Angély, Editions Jean-Michel Bordessoules, 2000.
- GUILLEUX Joseph, Le Mans : cité gallo-romaine, Le Mans, 1989, p.41.
- LEDUC Henri, in : La vie mancelle et sarthoise, n°042, janvier 1964, p.25.
- MEUNIER Hugo et MONTEIL Martial, in : BOUILLET Julie (dir.), Au pied du mur : l’enceinte romaine du Mans, Le Mans, Editions Snoeck, 2022, p.84.
- PORCHERON Guy, in : La vie mancelle et sarthoise, n°188, octobre 1979, p.16.
- PORCHERON Guy, in : La vie mancelle et sarthoise, n°250, septembre 1986, p.29.
Sources :
- Archives municipales du Mans : Cotes : 1D9, 1D11, 1D13 et 1D14.
Pour citer cette notice : « 6 avril 1945. Inscription aux Monuments historiques de l’escalier de la Grande Poterne, enceinte romaine du Mans », Adrianne Vignocan (M2 Histoire, Civilisations, patrimoine, Le Mans Université) et Estelle Bertrand (Le Mans Université-CReAAH UMR 6566), www.murus.univ-lemans.fr, mis en ligne le ; consulté le 13 février 2025

