3 décembre 1980 : Signature de la convention de restauration de l’enceinte entre la ville du Mans et l’État.

La construction de la Tour

Durant les années 1970, l’enceinte romaine du Mans est confrontée à la menace du projet de «  pénétrante Nord » devant relier le centre-ville et l’autoroute A11. Bien que le projet n’ait pas eu lieu et ait été abandonné en 1978, l’enceinte romaine, dégagée par les démolitions des maisons adjacentes, restait exposée à des risques d’aménagements voire de destructions, et ses abords étaient à l’abandon.

Figure 2 – Abords de l’enceinte dégagés le long du quai Louis Blanc, 1978 (au centre, la tour des Ardents). c. AM Le Mans.

Parallèlement, le maire de la ville, Robert Jarry, souhaitait entamer des travaux sur le quai afin d’améliorer la circulation routière, ce qui pouvait mettre en danger le côté ouest de l’enceinte romaine, aujourd’hui considérée comme la plus belle partie du mur conservé.

De nombreux architectes mettaient en garde le maire du Mans contre ces travaux qui pouvaient porter ultérieurement préjudice à la façade ouest de l’enceinte, comme l’indiquait Hervé Batiste, architecte en chef des Monuments Historiques, au maire du Mans en 1979. Durant cette même année, plusieurs architectes entreprirent des études techniques sur les zones les plus fragiles de l’enceinte afin de mesurer les risques des travaux de voirie prévus, notamment des creusements de trémies au niveau du pont Yssoir.

Dans les années 1970, les multiples chantiers urbains avaient favorisé les fouilles archéologiques et révélé le passé romain du Mans. De plus, depuis 1976, et l’effondrement du mur rue des Fossés Saint-Pierre, la ville du Mans, consciente de l’importance de l’enceinte, était contrainte d’intervenir en urgence pour prévenir tout nouveau risque. Néanmoins au fil des mois, il devenait de plus en plus difficile pour la ville du Mans de supporter les charges de rénovation de l’enceinte, d’autant plus que la Ville, dans le procès qui l’opposait à l’entreprise des travaux ayant conduit à l’effondrement, n’avait pas obtenu satisfaction, l’entreprise ayant été reconnue responsable à 40% et ayant interjeté appel.

Figure 3 – Le nouveau projet du quai Louis Blanc, Le Maine Libre, 12 octobre 1977.

Dès lors, les archéologues et les défenseurs de ce monument, notamment la très active Association pour la mise en valeur du Vieux Mans (depuis 1968) dont Joseph Guilleux était membre, mirent tout en œuvre pour trouver une solution afin de protéger l’enceinte romaine et la restaurer. Ils convainquirent le maire de solliciter l’aide de l’État et de la Région : l’enceinte étant classée Monument Historique depuis 1862 , la contribution de l’État, de la Région et du Département pouvait avoisiner les 75% du coût total des travaux. En ce début 1980, des thermes romains venaient d’être découverts lors des travaux de l’École Claude Chappe, et l’année avait été déclarée année du patrimoine, une opportunité dont se saisirent les défenseurs de l’enceinte pour pousser la mairie à l’action.

Figure 4 – Fouilles des thermes, travaux Ecole Claude Chappe ; 1980 ; c. Lyne Fernandez (atelier participatif Le Mans, 11/04/2023).

Au printemps 1980, les échanges commencèrent. Le 22 mai 1980, le docteur Lelièvre, Adjoint au Maire en charge des Affaires culturelles invita au Mans le Directeur Régional des Affaires Culturelles, Jacques Manoury, afin de discuter des solutions pour subventionner les travaux nécessaires à la restauration de l’enceinte romaine. En juin, le DRAC faisait savoir à la Ville que la Région avait donné un avis favorable au subventionnement des travaux à hauteur de 50%. Au même moment, à l’initiative de Jacques Biarne, professeur d’histoire romaine à l’Université du Maine et président de la Fédération Archéologique du Maine, se tint au Mans le congrès de la Société Française d’Archéologie, qui permit de révéler la valeur historique et archéologique de l’enceinte aux spécialistes : après avoir découvert l’enceinte, M. Claude Rolley, président de la Société a déclaré qu’elle constituait « le plus bel exemple de rempart de la Gaule romaine ». L’article du Maine Libre du 9 juin 1980 ajoute que « sa dimension et son état de conservation ont fait l’admiration de ces éminents visiteurs. »

Figure 6 – Couverture du dossier Archéologia consacré à l’enceinte romaine du Mans, no145, août 1980.

Un peu plus tard dans l’année, en réponse à une lettre datant du 29 octobre, à l’attention de M. le Maire, Robert Jarry, M. Brenner, secrétaire général de l’administration municipale, rappelle l’urgence de donner une suite favorable à cet accord de principe, d’autant que le département pouvant également subventionner 25 % de ces travaux, le reste à charge pour la Ville ne dépasserait pas 25%. Par suite, la convention fut signée le 3 décembre 1980.

Au mois de décembre, une réunion eut lieu entre Messieurs Tronchet, le secrétaire général adjoint, Winschel, l’ingénieur divisionnaire chargé de mission auprès du secrétaire général, Jacques Biarne et Joseph Guilleux, archéologue amateur, en charge des fouilles de l’École Claude Chappe, et vice-président de l’Association pour la mise en valeur du Vieux-Mans. Cette réunion avait pour but de tenir au courant les personnes concernées par le projet sur le déroulement des travaux ainsi que de la répartition des financements de la ville du Mans, de la Région et de l’État, qui conservait la maîtrise d’ouvrage pour éviter à la Ville d’avoir à supporter les aléas financiers des travaux. La convention prévoyait la restauration des sections de l’enceinte le long du quai Louis Blanc et l’aménagement d’espaces verts le long du mur. Les travaux, confiés aux entreprises Pavy et Lefèvre, se déroulèrent en plusieurs tranches, la convention fut renouvelée le 7 novembre 1987 pour une nouvelle phase de travaux, achevée en 1994.

L’enceinte, désormais restaurée grâce à l’action conjointe des défenseurs du patrimoine, de la Ville et des services de l’Etat, fut rapidement mise en valeur par l’aménagement d’espaces verts, de cheminements piétonniers et par l’installation de dispositifs lumineux . Dès lors, elle devint l’emblème de la communication de la Ville.

Pour citer cette notice : « 1980. Signature de la convention de restauration d el’enceinte romaine du Mans entre la Ville et l’État », Bafodé Touré, M1 Histoire, Civilisations, Patrimoine, parcours Métiers de l’histoire, 2026.

Figure 7 – « Restauration de l’enceinte gallo-romaine. C’est le début de la fin ! » Maine Libre, 09/11/1987.

Figure 8 – Publicité pour une exposition du service éducatif des Musées du Mans qui a lieu pour le Muséobus de novembre 1985 à juin 1986. Dessin d’une femme devant la Muraille Gallo Romaine tenant une poterie dans la main droite, Le Mans, Imprimerie Communautaire. AM Le Mans, 7Fi513.

Figure 9 – Le Mans – France : Muraille Gallo-Romaine IIIè siècle. Affiche de communication de la ville du Mans. Photographie d’un parterre de fleurs devant la muraille Gallo-Romaine.Affiche illustrée en couleurs. c. GINESTE (Jean) [ Auteur ], imprimerie communautaire, LE MANS, sd, Imprimé, 60/40 cm ; AM Le Mans 7Fi1671.

Depuis, elle fait l’objet d’animations qui exploitent sa façade occidentale dégagée, des premiers spectacles pyrotechniques, organisés à l’initiative de l’association La Commune Libre du Vieux Mans (fondée en 1979) en 1986 aux récentes Nuits des Chimères.


Bibliographie :

  • « Restauration de l’enceinte gallo-romaine. C’est le début de la fin ! » Maine Libre, 09/11/1987
  • GUILLEUX Joseph, « 1980, année du patrimoine : une action sera-t-elle entreprise pour sauver l’enceinte gallo-romaine ? », L’Echotier, 1980.
  • BERTRAND Estelle et SALIN Elodie, « L’enceinte restaurée, patrimoine de la Ville du Mans », dans J. Bouillet dir., Au pied du mur. L’enceinte romaine du Mans, Gand, Snoeck, 2022, p. 188-191.

Pour citer cette notice : « 1980. Signature de la convention de restauration de l’enceinte romaine du Mans entre la Ville et l’État », Bafodé TOURÉ, M1 Histoire, Civilisations, Patrimoine, parcours Métiers de l’histoire, 2026.

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