DÉCOUVREZ L’ENCEINTE ROMAINE DU MANS
L’enceinte romaine du Mans, érigée entre 320 et 360 selon les dernières recherches, soit sous l’empereur Constantin (306-337) ou ses successeurs (337-363), constitue un exemple remarquable de l’ingéniosité militaire romaine. Édifiée dans le contexte de la réorganisation de l’Empire romain suite aux crises du IIIe siècle, elle délimite 8,5 ha de la ville antique sur le promontoire stratégique encadré par la Sarthe et le ruisseau d’Isaac, renforçant ainsi la défense naturelle d’une ville dépourvue d’enceinte jusqu’alors. Reflétant les principes de l’architecture militaire romaine, elle se distingue des autres fortifications par sa teinte rouille-rouge et ses décors. Malgré des modifications au fil des siècles, le tracé et la structure de l’enceinte persistent, rappelant son rôle dans la vie urbaine.
Voir plusEntre 1830 et 1848, sous le règne de Louis-Philippe, sept maires ont dirigé la commune du Mans. La ville compte alors environ 25 000 habitants et se partage entre les faubourgs ouvriers (autour de la Sarthe et en direction de la rue Basse) et les quartiers bourgeois (autour de la place des Halles). Plusieurs chantiers urbains ont été entrepris à cette période. Tout autour de la vieille-ville, des monuments caractéristiques de l’essor de la bourgeoisie voient le jour (port, théâtre, promenade, etc.). La vieille ville connaît alors de nombreuses démolitions (tours, portes). La municipalité œuvre pour « ouvrir » le quartier, suscitant un désir de conservation des érudits, dont Arcisse de Caumont.
Voir plusLa tour Hueau était l’une des 38 ou 39 tours de l'enceinte romaine du Mans. Elle se trouvait sur la face occidentale de l’enceinte, entre la tour Madeleine et la tour du tunnel. De son emplacement, aujourd’hui matérialisé par un départ de construction moderne, ne reste que la trace de son arrachement sur le mur. Dès les années 1830, elle attire l'attention des savants et archéologues pour son importance historique, suscitant des études et de nombreux dessins avant d’être rasée par son propriétaire au plus tard en 1836. Son destin illustre l'intérêt croissant pour la valorisation et la compréhension du patrimoine antique au sein des sociétés savantes au début du XIXe siècle, malgré le manque d'implication des autorités locales de l'époque.
Voir plus Voir sur la carteL’enceinte romaine du Mans, construite au début du IVᵉ siècle pour protéger Vindinum sur 8,5 hectares, se distingue par son décor polychrome unique et symbolise la puissance et la continuité urbaine. Redécouverte au XIXᵉ siècle, elle bénéficie des recherches menées par les érudits locaux et la Commission des Monuments Historiques, avec des spécialistes comme Mérimée et Viollet-le-Duc. Classée Monument Historique en 1862, elle devient un emblème du patrimoine manceau sous contrôle des services de l’État. Sa protection et sa valorisation se poursuivent, et depuis 2015, elle fait l’objet d’un projet de candidature au Patrimoine mondial de l’UNESCO, soutenu par le projet MURUS, renforçant le lien avec la population.
Voir plusLe tunnel dénommé aujourd’hui Wilbur Wright au Mans est un aménagement urbain pensé au milieu du XIXe siècle pour faciliter la communication entre la place des Jacobins et les faubourgs à l’ouest de la ville. Si la réalisation de cet aménagement, une tranchée semi-ouverte dite le tunnel inaugurée en 1877, a grandement facilité l’accessibilité à la ville dans un contexte d’essor industriel, les dommages sur l’édifice romain furent considérables, malgré son inscription sur la liste des Monuments Historiques en 1862. En effet, les travaux nécessitèrent l’usage de la dynamite, entraînant éboulements et creusements d’une partie de l’enceinte. Ces dégradations provoquèrent de virulentes critiques au sein des sociétés savantes locales comme auprès des érudits en France voire outre-Manche, marquant les débuts d’une prise de conscience patrimoniale envers l’enceinte romaine du Mans.
Voir plus Voir sur la carteLa Grande Poterne du Mans, située dans la Cité Plantagenêt, est la porte la mieux conservée de l’enceinte romaine du IVe siècle. Elle est l’une des quatre poternes connues sur la face occidentale de l’enceinte, et elle illustre l’architecture caractéristique de l’enceinte du Mans, alternant briques rouges et pierres blanches et rousses, l'ensemble joint par un mortier rose composé de sables extraits des rivières proches et de briques pilées. Au XVIe siècle, un escalier fut aménagé pour faciliter la circulation entre la vieille ville et l’extérieur.Cet escalier a été inscrit aux monuments historiques le 6 avril 1945, ce qui témoigne de son importance patrimoniale. La Grande Poterne du Mans est un lieu emblématique de la ville, étant resté l’un des passages les plus visibles de l’enceinte romaine et utilisé continûment depuis l’Antiquité (https://monumentum.fr/monument-historique/pa00109812/le-mans-escalier).
Voir plus Voir sur la carteLa découverte de la poterne à proximité de la tour du tunnel en 1953 fut une découverte archéologique majeure. Initialement mise au jour lors du dégagement de l’enceinte en bas du tunnel, cette structure a retenu l'attention des historiens et des archéologues par son niveau proche de la rivière. Sa présence a offert un nouvel éclairage sur l'histoire de l’enceinte romaine, et sur les accès au castrum tardo-antique.
Voir plus Voir sur la carteEn 1972, afin de relier la future autoroute A11 au centre-ville du Mans, un projet de voie rapide « pénétrante nord » en rive gauche de la Sarthe, le long de l’enceinte romaine, fut imaginé. Il s’agissait d’une nouvelle version des nombreux projets d’aménagement urbain ayant été proposés depuis les années 1960 pour rénover les quartiers situés en bord de Sarthe. Mais cette nouvelle voie rapide risquait d’endommager le mur, ce qui suscita une levée de boucliers de la part des associations de sauvegarde du patrimoine, excédées par les aménagements modernes conduits par le maire sortant Jacques Maury. Le projet de pénétrante nord fut finalement abandonné, mais il servit à mobiliser les énergies locales en faveur de la défense de l’enceinte romaine et initia son dégagement.
Voir plusLa tour du Vivier est, avec la tour Madeleine l’une des tours les mieux conservées de l’enceinte romaine du Mans. Sa partie antique s’éleve à 13,25m, et son décor mosaïqué est conservé sur treize plages délimitées par les rangées de briques. Comme la plupart des tours de l’enceinte, elle est composée d’une chambre basse aveugle surmontée d’une chambre ouverte, ici éclairée par trois baies en plein cintre. Menacée d’effondrement à cause de la poussée des constructions intra-muros, aggravée par l’absence d’égoûts dans la ville haute, la stagnation des eaux usées au niveau des fondations et les bombardements de la seconde Guerre Mondiale, la tour fut étayée à partir de 1949 et sa restauration fut décidée, permettant son étude approfondie. L’entreprise Pavy, chargée des travaux, en acheva la restauration en 1975.
Voir plus Voir sur la carteEn 1976, le dégagement de la rue des fossés Saint-Pierre au Mans cause l'effondrement partiel de l'enceinte médiévale adossée à l'enceinte romaine. La gestion imprudente des travaux, sans mesures de protection adéquates, et un creusement supplémentaire non expertisé affaiblissent la structure. Des mesures d'urgence sont prises pour stabiliser la zone. Un projet de restauration inclut la démolition de certaines maisons pour consolider les structures soutenant la rue Saint-Flaceau et la création d’espaces verts, dont l’actuel jardin des vignes. Ce spectaculaire accident, dans toutes les mémoires, fut décisif pour inciter la nouvelle municipalité élue en janvier 1977 à faire appel à l’aide de l’État pour restaurer et valoriser l'enceinte.
Voir plusPartiellement dégagée par les grands chantiers urbains des années 1970 au Mans, l’enceinte romaine a montré d’inquiétants signes de fragilité, aggravés par les projets de voirie urbaine le long de la Sarthe. Sous surveillance des services de l’État, et au cœur des préoccupations des associations de sauvegarde du patrimoine manceau, elle attire tous les regards lors de l’année du patrimoine en 1980. Au terme d’études techniques approfondies, la Ville et l’État signent le 3 décembre 1980 une convention pour la restauration de l’enceinte, convention renouvelée en 1987. À l’issue de ces travaux achevés en 1994, l’enceinte s’offre à la vue des visiteurs et, de monument négligé, s’impose comme un patrimoine reconnu tant par les touristes que par les habitants.
Voir plusLa tour Madeleine flanque l’enceinte romaine du Mans côté Sarthe, à proximité de son angle nord-est. Avec sa partie antique s’élevant jusqu’à 14 mètres de hauteur, c’est l’une des tours les mieux conservées de l’enceinte avec la tour du Vivier. Comme l’ensemble du parement externe de l’enceinte, elle est décorée de motifs géométriques mais ils sont ici conservés sur dix niveaux. Sur la première assise de blocs de soubassement, on distingue également une série de décors formant des quarts de cercle. La tour, en forme de U, se compose d’une chambre basse aveugle surmontée d’une salle éclairée par trois fenêtres d’un mètre de large, à laquelle on accédait depuis le chemin de ronde. Autrefois propriété du chapitre cathédral, elle abrita une chapelle voisinant avec une maison canoniale d’où elle tient son nom. Elle est entièrement dégagée depuis 1941 et a fait l’objet d’une campagne de restauration en 1984.
Voir plus Voir sur la carteLa tour des Pans-de-Gorron jalonne la façade occidentale de l’enceinte du Mans. C’est, avec la tour Saint-Michel, une des deux seules tours hexagonales subsistantes de l’ensemble des tours de l’enceinte, et elle reste aujourd’hui la seule tour hexagonale entièrement dégagée à pouvoir être admirée. Son utilité était triple : renforcer les contreforts, protéger l’ancienne poterne de Gourdaine et servir de support à un décor ornemental vantant la richesse de la ville qui l’a érigée. Des archéologues comme Joseph Guilleux ont qualifié la tour comme étant d’une « grande qualité de construction ». À l’instar du reste de l’enceinte, la tour est embellie d’un parement polychromique alternant des motifs linéaires et répétés. Sa moitié supérieure s’écroule, mais le bas de la tour résiste aux destructions de la muraille du XIXème siècle. En 1984, elle bénéficie des travaux de restauration de l’enceinte romaine et de sa valorisation, mais elle s’avère aujourd’hui fragilisée par des chutes de pierres.
Voir plus Voir sur la carteLes travaux de dégagement et de restauration de l’enceinte initiés en 1981, suite à la signature de la convention entre la ville et l’État en décembre 1980, se sont accompagnés dès 1985 d’une réflexion sur son illumination. La première phase de travaux d’un plan lumière, visant à mettre en lumière le patrimoine historique du Mans dont l’enceinte romaine, a été achevée pour le passage à l’an 2000, tandis qu’une seconde étape a démarré la même année. Suite à ces travaux, l’enceinte se trouve éclairée par des spots lumineux disposés le long des courtines et au pied des tours, de manière à souligner décors et architectures. Cet éclairage, outre qu’il crée une ambiance nocturne, vient susciter l’intérêt à la fois des visiteurs et des habitants pour le patrimoine, comme peut en témoigner le succès des Nuits des Chimères
Voir plusLa Nuit des Chimères est un événement culturel inspiré des nouvelles mises en lumière et valorisations sonores du patrimoine, comme la Fête des Lumières à Lyon ou la polychromie retrouvée de la cathédrale d'Amiens dans le cadre du spectacle Chroma. Elle a lieu les soirs de juillet à début septembre dans la Cité Plantagenêt depuis 2005. Dès la nuit tombée, des scénographies sonores et lumineuses sont projetées sur la cathédrale Saint-Julien, l'enceinte romaine, et dans les rues de la vieille ville. Ces projections saisonnières, représentant l'histoire de la ville du Mans ou d'autres thèmes, comme l'œuvre d'Antoine de Saint Exupéry pour l’édition 2020 et Jean de la Fontaine pour celle de 2021, attirent plusieurs dizaines de milliers d’habitants et de touristes chaque année et contribuent à la renommée de la Cité Plantagenêt et de son enceinte.
Voir plusLe Musée Jean-Claude Boulard-Carré Plantagenêt est un musée d’histoire et d’archéologie du Mans, inauguré le 18 juin 2009. Dans ses 1 200 m² se trouve un espace entièrement dédié à l’enceinte romaine du Mans qui dialogue, par ses baies vitrées, avec les vestiges du mur visibles sous l’hôtel de ville. L’enceinte y est présentée à l’aide d’une maquette illustrant sa construction, du mobilier archéologique lié au chantier de construction, et des bornes explicatives. Un film 3D, réalisé en 2022 pour l’exposition temporaire Au pied du mur. L’enceinte romaine du Mans, termine l’expérience, en présentant les évolutions de l’enceinte dans la ville, depuis sa construction jusqu’à nos jours. La séquence intègre désormais les résultats des recherches les plus récentes et constituera un temps fort du futur musée en cours de rénovation.
Voir plusEn 2015, le maire du Mans Jean-Claude Boulard initiait la démarche de candidature au Patrimoine mondial de l’Unesco de l’enceinte romaine du Mans, remarquable par son état de conservation et ses décors polychromes. Cette initiative, inscrite dans le temps long, voire très long, a couronné plusieurs décennies de restauration, de recherches archéologiques et de mise en valeur du monument, mais elle a également suscité le renouveau des études historiques, archéologiques et patrimoniales et réactivé l’intérêt des habitants pour leur patrimoine.
Voir plusLe projet MUMATOURISME, lauréat de l’Appel à Projet Tremplin du GIS Études Touristiques (porté par l’ESTHUA d’ANGERS) a eu pour objet l’étude de l’évolution des pratiques touristiques autour des enceintes urbaines tardo-antiques à partir de la dynamique enclenchée par la candidature de la ville du Mans au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2015. Appuyée sur la comparaison internationale avec des sites similaires classés (Lugo, dont l’enceinte est classée au Patrimoine mondial depuis 2000, et Rome, dont l’enceinte est classée au titre du Centre historique depuis 1980), la recherche a permis de consolider les liens avec les chercheurs des universités de Rome-La Sapienza et de Saint-Jacques de Compostelle. Elle a abouti à une meilleure compréhension du changement récent de regard sur l’objet « muraille/enceinte romaine » et ouvert de nouvelles pistes de recherches, développées dans le cadre du programme MURUS (2022-2024).
Voir plusLe projet MURUS, lancé en 2022 et soutenu par la Maison des Sciences de l’Homme Ange-Guépin à Nantes, est un programme pluridisciplinaire réunissant institutions françaises et partenaires internationaux. Issu du programme MUMATOURISME (2020-2022), il accompagne la candidature de l’enceinte romaine du Mans à l’UNESCO. MURUS analyse, sur le temps long et par comparaison avec Rome et Lugo, les pratiques touristiques, les politiques patrimoniales et les perceptions sociales liées aux enceintes tardo-antiques conservées à plus de 50% et inscrites ou candidates à l’Unesco. Il combine recherche fondamentale et action sur le terrain, explorant appropriation, participation citoyenne et mise en valeur patrimoniale, tout en favorisant la médiation et la réflexion interdisciplinaire sur le patrimoine antique.
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